L’électrolyse est une transformation d’oxydoréduction forcée

L’électrolyse : Exemples de Transformations forcées

Transformations forcées – Activité Cu/Br₂ | 2BAC SPF
2BAC SPF – Électrolyse – Transformations forcées

Qu’est-ce qu’une transformation forcée ?

1.1 Transformation spontanée

Une transformation spontanée est une transformation qui se produit sans aucune intervention extérieure.

🧪 Activité 1 – Système Cu / Br₂

Préparation : On mélange :

  • 10 mL de solution de dibromure \(Br_2\) à \(10\,\text{mmol·L}^{-1}\) (\([Br_2]_i = 2,0\times10^{-3}\,\text{mol·L}^{-1}\) après dilution)
  • 20 mL de solution de bromure de potassium \(KBr\) à \(1,0\,\text{mol·L}^{-1}\)
  • 20 mL de solution de sulfate de cuivre(II) \(CuSO_4\) à \(1,0\,\text{mol·L}^{-1}\)

Volume total \(V_T = 50\,\text{mL}\). Après calcul des concentrations initiales :

\[ [Cu^{2+}]_i = \frac{1,0 \times 0,020}{0,050} = 0,40\,\text{mol·L}^{-1} \] \[ [Br^-]_i = \frac{1,0 \times 0,020}{0,050} = 0,40\,\text{mol·L}^{-1} \] \[ [Br_2]_i = \frac{10\times10^{-3} \times 0,010}{0,050} = 2,0\times10^{-3}\,\text{mol·L}^{-1} \]

Réaction considérée :

\[ Cu_{(s)} + Br_{2(aq)} \rightleftharpoons Cu^{2+}_{(aq)} + 2Br^-_{(aq)} \quad;\quad K = 1,2\times10^{25} \]

1. Sens d’évolution spontanée

Quotient initial :

\[ Q_{r,i} = \frac{[Cu^{2+}]_i \cdot [Br^-]_i^2}{[Br_2]_i} = \frac{0,40 \times (0,40)^2}{2,0\times10^{-3}} = \frac{0,064}{2,0\times10^{-3}} = 32 \]

Comparaison : \(Q_{r,i} = 32\) ; \(K = 1,2\times10^{25}\) → \(Q_{r,i} < K\).

Le système évolue spontanément dans le sens direct (formation de \(Cu^{2+}\) et \(Br^-\)).

2. Cas où l’état initial ne contient que \(Cu^{2+}\) et \(Br^-\)

Si l’état initial est constitué uniquement d’ions cuivre(II) et bromure (pas de \(Br_2\) ni de cuivre métallique), la réaction envisagée est l’inverse :

\[ Cu^{2+}_{(aq)} + 2Br^-_{(aq)} \rightleftharpoons Cu_{(s)} + Br_{2(aq)} \]

La constante d’équilibre de cette réaction est l’inverse de la précédente :

\[ K’ = \frac{1}{K} = \frac{1}{1,2\times10^{25}} \approx 8,3\times10^{-26} \]

Cette constante est extrêmement petite. De plus, le quotient initial (en absence de \(Br_2\) et de \(Cu\)) vaut :

\[ Q_{r,i} = \frac{[Br_2]_i}{[Cu^{2+}]_i[Br^-]_i^2} = 0 \]

Puisque \(Q_{r,i} = 0 < K'\), le système pourrait évoluer dans le sens direct… mais \(K'\) étant quasi nulle, la réaction est pratiquement inexistante. On dit qu’elle n’est pas spontanée dans ce sens.

Question : Comment obliger cette réaction à évoluer dans le sens direct (formation de \(Cu\) et \(Br_2\)) ?

➜ Il faut forcer la transformation en apportant de l’énergie électrique (électrolyse).

✎ À retenir :
• Une transformation spontanée évolue d’elle‑même vers l’équilibre (\(Q_r\) tend vers \(K\)).
• Si \(K\) est très petit (< \(10^{-4}\)), la réaction est quasi inexistante dans le sens direct.
• Pour forcer une réaction non spontanée, on peut apporter de l’énergie extérieure (exemple : électrolyse).

⚡ 2BAC SPF – Transformations forcées : activité Cu/Br₂, calcul de \(Q_{r,i}\), comparaison avec \(K\), réaction inverse non spontanée
2BAC SPF – Électrolyse – Transformations forcées

Transformation forcée – Électrolyse d’une solution de bromure de cuivre(II)

On remplit un tube en U d’une solution aqueuse de bromure de cuivre(II) (\(Cu^{2+} + 2Br^-\)). On plonge deux électrodes de graphite reliées à un générateur de tension continue.

Observations :

  • Dépôt de cuivre métallique sur l’électrode reliée au pôle négatif du générateur.
  • Apparition de dibromure \(Br_2\) (coloration jaune‑brune) au voisinage de l’électrode reliée au pôle positif.

1. Demi‑réactions aux électrodes

À la cathode (pôle –) : réduction – dépôt de cuivre.

\[ Cu^{2+}_{(aq)} + 2e^- \;\rightarrow\; Cu_{(s)} \]

À l’anode (pôle +) : oxydation – formation de dibromure.

\[ 2Br^-_{(aq)} \;\rightarrow\; Br_{2(aq)} + 2e^- \]

2. Équation bilan de l’électrolyse

\[ Cu^{2+}_{(aq)} + 2Br^-_{(aq)} \;\longrightarrow\; Cu_{(s)} + Br_{2(aq)} \]
Cette réaction est l’inverse de la réaction spontanée observée précédemment. Le générateur a forcé le système à évoluer dans le sens non spontané. Une telle transformation forcée est appelée électrolyse.

Conclusion – Transformation forcée vs spontanée

  • Pour réaliser une transformation forcée, on doit fournir de l’énergie au système chimique (ici sous forme électrique).
  • Le système évolue alors dans le sens opposé à son sens d’évolution spontanée.
  • Au cours d’une électrolyse, le quotient de réaction \(Q_r\) s’éloigne de la constante d’équilibre \(K\) (alors qu’il s’en rapproche spontanément).

✎ À retenir :
• L’électrolyse est une transformation forcée qui consomme de l’énergie électrique.
• À la cathode (−) se produit une réduction ; à l’anode (+) une oxydation.
• L’équation bilan de l’électrolyse est l’inverse de la réaction spontanée du couple redox.

⚡ 2BAC SPF – Électrolyse : transformation forcée, demi-réactions, réaction inverse, rôle du générateur

Électrolyse – Définition, réactions aux électrodes

2.1 Définition

L’électrolyse est une transformation d’oxydoréduction forcée par un générateur de tension continue. Au cours de l’électrolyse, le système chimique évolue dans le sens opposé à son sens d’évolution spontanée.

Remarques importantes :
  • Les cations (\(M^{n+}\), \(H_3O^+\), …) sont attirés par la cathode (électrode reliée au pôle négatif du générateur).
  • Les anions (\(X^-\), \(OH^-\), …) sont attirés par l’anode (électrode reliée au pôle positif du générateur).

2.2 Réactions produites au niveau de chaque électrode

Au cours de l’électrolyse :

  • L’électrode reliée au pôle positif du générateur (anode) est le siège d’une oxydation.
  • L’électrode reliée au pôle négatif du générateur (cathode) est le siège d’une réduction.

📝 Méthode pour déterminer les réactions aux électrodes

  1. À partir du sens du courant (générateur), identifier l’anode (+) et la cathode (–).
  2. Lister toutes les espèces chimiques présentes dans la cuve d’électrolyse : cations, anions, solvant (eau), électrodes (si elles sont solubles ou participent).
  3. Écrire toutes les oxydations possibles à l’anode (espèces susceptibles de perdre des électrons).
  4. Écrire toutes les réductions possibles à la cathode (espèces susceptibles de gagner des électrons).
  5. Analyser les produits formés expérimentalement pour déterminer les demi‑réactions qui se produisent réellement.
⚠️ Ne pas oublier que l’eau peut également être oxydée (\(2H_2O \rightarrow O_2 + 4H^+ + 4e^-\)) ou réduite (\(2H_2O + 2e^- \rightarrow H_2 + 2HO^-\)) selon les conditions.

🧪 Exemple synthétique – Électrolyse de CuBr₂(aq)

Espèces présentes : \(Cu^{2+}\), \(Br^-\), \(H_2O\). Électrodes inertes (graphite).

Réduction possible à la cathode : \(Cu^{2+} + 2e^- \rightarrow Cu\) (dépôt métallique) ou \(2H_2O + 2e^- \rightarrow H_2 + 2HO^-\).

Oxydation possible à l’anode : \(2Br^- \rightarrow Br_2 + 2e^-\) (formation de dibromure) ou \(2H_2O \rightarrow O_2 + 4H^+ + 4e^-\).

Expérimentalement, on observe un dépôt de cuivre à la cathode et un dégagement de dibromure à l’anode. Les réactions effectives sont donc :

Cathode : \(Cu^{2+} + 2e^- \rightarrow Cu\)
Anode : \(2Br^- \rightarrow Br_2 + 2e^-\)

Bilan : \(Cu^{2+} + 2Br^- \rightarrow Cu + Br_2\) (électrolyse).

✎ À retenir :
• L’électrolyse est forcée, consomme de l’énergie électrique et se produit en sens inverse de l’évolution spontanée.
• À la cathode (–) : réduction (gain d’électrons). À l’anode (+) : oxydation (perte d’électrons).
• Pour prévoir les réactions, on considère toutes les espèces présentes (solvant inclus) et on sélectionne celles qui se produisent effectivement (observation expérimentale).

⚡ 2BAC SPF – Électrolyse : définition, rôles anode/cathode, attraction des ions, méthode d’écriture des réactions
2BAC SPF – Électrolyse

Quantité d’électricité mise en jeu lors d’une électrolyse

Lors d’une électrolyse, le générateur de tension continue débite un courant d’intensité constante \(I\) pendant une durée \(\Delta t\).

La quantité d’électricité \(Q\) qui traverse le circuit est donnée par la relation fondamentale :

\[ Q = I \cdot \Delta t \]

où :

  • \(I\) : intensité du courant (en ampères, A)
  • \(\Delta t\) : durée de l’électrolyse (en secondes, s)
  • \(Q\) : charge électrique (en coulombs, C)

D’autre part, cette charge électrique est transportée par les électrons. Si \(n(e^-)\) est la quantité de matière d’électrons échangés pendant l’électrolyse, alors :

\[ Q = n(e^-) \cdot F \]

où \(F\) est la constante de Faraday :

\[ F = N_A \cdot e \approx 96500\ \text{C·mol}^{-1} \]

\(N_A\) : nombre d’Avogadro (\(6,02\times10^{23}\ \text{mol}^{-1}\)) ; \(e\) : charge élémentaire (\(1,602\times10^{-19}\ \text{C}\)).

Relation clé : \[ I \cdot \Delta t = n(e^-) \cdot F \]

Cette relation permet de relier les grandeurs électriques (\(I, \Delta t\)) à la quantité de matière transformée via le nombre d’électrons \(n(e^-)\) et la constante de Faraday.

✎ À retenir :
• La charge électrique totale est \(Q = I \cdot \Delta t\).
• La charge est aussi proportionnelle à la quantité d’électrons : \(Q = n(e^-) \cdot F\).
• La constante de Faraday \(F = 96500\ \text{C·mol}^{-1}\) est la charge d’une mole d’électrons.
• Ces relations sont à la base de la loi de Faraday pour l’électrolyse.

⚡ 2BAC SPF – Électrolyse : quantité d’électricité \(Q = I\Delta t\), relation avec \(n(e^-)\) et constante de Faraday \(F\)

Électrolyse de la solution de chlorure de sodium (NaCl)

L’électrolyse de la solution de chlorure de sodium permet d’obtenir 95 % de la production mondiale de dichlore \(Cl_2\) et 3 % du dihydrogène \(H_2\).

On réalise l’électrolyse d’une solution aqueuse de chlorure de sodium (\(Na^+ + Cl^-\)) avec des électrodes de graphite (inertes).

Observations :

  • Dégagement de dichlore \(Cl_2\) à une électrode.
  • Dégagement de dihydrogène \(H_2\) à l’autre électrode.
  • Formation d’ions hydroxyde \(HO^-\) → le milieu devient basique.

Espèces présentes : \(Na^+\), \(Cl^-\), \(H_2O\). Électrodes de graphite (inertes).
Couples mis en jeu : \(H_2O/H_2\) ; \(O_2/H_2O\) ; \(Cl_2/Cl^-\) ; \(Na^+/Na\).

Données : \(F = 96500\ \text{C·mol}^{-1}\), volume molaire \(V_m = 24\ \text{L·mol}^{-1}\).

1. Identification de l’anode et de la cathode

L’électrode A est reliée au pôle positif du générateur → c’est l’anode (oxydation).
L’électrode B est reliée au pôle négatif du générateur → c’est la cathode (réduction).

2. Sens de déplacement des ions

  • Les anions (\(Cl^-\), \(HO^-\)) se déplacent vers l’anode (A).
  • Les cations (\(Na^+\)) se déplacent vers la cathode (B).

3. Réactions possibles à l’anode (oxydations)

Les espèces réductrices présentes : \(Cl^-\) et \(H_2O\).

\[ 2Cl^-_{(aq)} \rightarrow Cl_{2(g)} + 2e^- \] \[ 2H_2O_{(l)} \rightarrow O_{2(g)} + 4H^+_{(aq)} + 4e^- \]

Expérimentalement, on observe un dégagement de dichlore \(Cl_2\) (pas d’oxygène), donc la réaction effective est :

\[ 2Cl^-_{(aq)} \rightarrow Cl_{2(g)} + 2e^- \]

4. Réactions possibles à la cathode (réductions)

Les espèces oxydantes présentes : \(H_2O\) et \(Na^+\).

\[ 2H_2O_{(l)} + 2e^- \rightarrow H_{2(g)} + 2HO^-_{(aq)} \] \[ Na^+_{(aq)} + e^- \rightarrow Na_{(s)} \]

Le sodium métallique ne se forme pas (il réagirait violemment avec l’eau). On observe un dégagement de dihydrogène et la formation d’ions \(HO^-\) (milieu basique). La réduction effective est :

\[ 2H_2O_{(l)} + 2e^- \rightarrow H_{2(g)} + 2HO^-_{(aq)} \]

5. Équation bilan de l’électrolyse

\[ 2Cl^-_{(aq)} + 2H_2O_{(l)} \;\rightarrow\; Cl_{2(g)} + H_{2(g)} + 2HO^-_{(aq)} \]

En présence d’ions \(Na^+\) (spectateurs), on peut aussi écrire :

\[ 2Na^+ + 2Cl^- + 2H_2O \;\rightarrow\; 2Na^+ + 2HO^- + Cl_2 + H_2 \]
Cette électrolyse est à la base de la production industrielle de dichlore et de soude (hydroxyde de sodium).

✎ À retenir :
• À l’anode (+) : oxydation des ions chlorure en dichlore.
• À la cathode (–) : réduction de l’eau en dihydrogène et ions hydroxyde.
• La réaction globale : \(2Cl^- + 2H_2O \rightarrow Cl_2 + H_2 + 2HO^-\).
• Le milieu devient basique à cause de la formation de \(HO^-\).

⚡ 2BAC SPF – Électrolyse de NaCl : identification anode/cathode, migration des ions, demi-réactions, équation bilan
Électrolyse NaCl – Calculs et comparaison Pile/Électrolyse | 2BAC SPF
2BAC SPF – Électrolyse

Électrolyse de NaCl – Calculs et comparaison Pile / Électrolyse

Rappel de l’équation bilan de l’électrolyse :

\[ 2Cl^-_{(aq)} + 2H_2O_{(l)} \;\longrightarrow\; Cl_{2(g)} + H_{2(g)} + 2HO^-_{(aq)} \]

Le générateur délivre un courant d’intensité \(I = 3\,\text{A}\) pendant \(\Delta t = 30\,\text{min}\).

Données : \(F = 96500\,\text{C·mol}^{-1}\), volume molaire \(V_m = 24\,\text{L·mol}^{-1}\).

6.1. Quantité d’électricité \(Q\) transférée

\[ Q = I \cdot \Delta t = 3 \times (30 \times 60) = 3 \times 1800 = 5400\,\text{C} \]
\(Q = 5400\ \text{C}\)

6.2. Volume de dichlore \(Cl_2\) formé

Tableau d’avancement à l’anode :

Demi‑équation\(2Cl^- \rightarrow Cl_2 + 2e^-\)
État initial\(n_i(Cl^-)\)00
Intermédiaire (av. \(x\))\(n_i(Cl^-)-2x\)\(x\)\(2x\)

Quantité de dichlore formé : \(n(Cl_2) = x\).

Volume de gaz : \(V(Cl_2) = n(Cl_2) \cdot V_m = x \cdot V_m\).

Quantité d’électricité : \(Q = n(e^-) \cdot F\) et d’après le tableau \(n(e^-) = 2x\).

\[ Q = 2x \cdot F \quad\Rightarrow\quad x = \frac{Q}{2F} = \frac{I \cdot \Delta t}{2F} \]

Donc :

\[ V(Cl_2) = \frac{I \cdot \Delta t \cdot V_m}{2F} \]
\[ V(Cl_2) = \frac{3 \times 1800 \times 24}{2 \times 96500} = \frac{129600}{193000} \approx 0,671\,\text{L} \]
\(V(Cl_2) \approx 0,67\ \text{L}\)

📊 Comparaison : Pile vs Électrolyse

CaractéristiquePileÉlectrolyse
RéactionSpontanéeForcée (imposée par générateur)
Conversion d’énergieChimique → ÉlectriqueÉlectrique → Chimique
Source extérieureNon (autonome)Oui (générateur de tension)
Pôle positifCathode (+) (réduction)Anode (+) (oxydation)
Pôle négatifAnode (–) (oxydation)Cathode (–) (réduction)
Points communs :
  • L’oxydation se produit toujours à l’anode.
  • La réduction se produit toujours à la cathode.
  • Les deux mettent en jeu un transfert d’électrons (oxydoréduction).

✎ À retenir :
• Pour l’électrolyse, \(Q = I\Delta t = n(e^-)F\).
• Le volume de gaz formé à une électrode se calcule via \(V = n \cdot V_m\).
• Pile et électrolyse sont des processus inverses du point de vue énergétique, mais les définitions de l’anode (oxydation) et de la cathode (réduction) sont universelles.

⚡ 2BAC SPF – Électrolyse de NaCl : calcul de \(Q\) et \(V(Cl_2)\), tableau comparatif pile / électrolyse